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Clemenceau à l'école

Clemenceau commémoré par les lycéens nantais

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Dans le cadre du centenaire de l'arrivée de Georges Clemenceau au pouvoir, élèves de la classe théâtre du lycée Clemenceau de Nantes ont fait revivre son fameux discours d'investiture, prononcé à la Chambre des députés le 20 novembre 1917.

Un projet pédagogique

Le lycée Clemenceau de Nantes est le premier établissement d’enseignement secondaire à porter le nom de Georges Clemenceau à la demande de la municipalité dès 1919. Clemenceau inaugure le monument aux morts le 22 mai 1922 et prononce cette phrase, à l’adresse des lycéens, inscrite dans la cour d’honneur du lycée : « pour connaître par vous-mêmes, sans attendre l'avenir, la fortune de vos efforts, retroussez résolument vos manches et faites votre destinée ». A après la mort de Clemenceau, en 1929, un monument en son honneur est installé dans la cour d'honneur, face au monument aux morts. Il est inauguré en avril 1931.

Le lycée Clemenceau est donc un établissement qui assume son passé pour conduire les jeunes vers leur avenir. William Marois, recteur de l'académie de Nantes, a donc logiquement choisi ce lieu historique nantais pour honorer la mémoire du centenaire du discours d’investiture de Georges Clemenceau à la chambre des députés, le 20 novembre 2017. Cent ans après, que retenir de l’homme et de sa légende ?

Un travail d’histoire est proposé aux lycéens, une classe de seconde et deux classes de première générale L et ES. Les professeurs Mme Moreau et Mme Violet-Batardy forment leurs élèves et conduisent les lycéens de l’option théâtre à une lecture théâtralisée du discours du 20 novembre 1917. Monsieur Larre, coordinateur de l’équipe d’histoire-géographie, soutenu par l’équipe de direction et le corps d’inspection, se mobilisent avec les collègues d’histoire-géographie et assurent la médiation de l’évènement. M. Accoulon*, doctorant, construit une conférence à destination des lycéens, une analyse historienne du célèbre discours d’investiture.              

Des restitutions éclairées

Lors de son allocution d’ouverture, William Marois souligne l’importance de l’évènement et la nécessité de comprendre la force des symboles événementiels historiques.  Mme Raguideau, proviseur du lycée Clemenceau, prend ensuite la parole et engage les lycéens à la réflexion.

Puis, une dizaine de lycéens de l’option théâtre se répartissent judicieusement la parole. Issus des rangs de l’amphithéâtre, dans les travées, sur scène, chacun prend en charge une partie du discours. Les voix portent. Elles font résonner de larges passages du discours. Le temps de la solennité est donné, les applaudissements des députés montent du public dans lesquels des élèves de l’option théâtre sont mêlés : « Dans la résolution de fixer toujours plus de droit entre les citoyens comme entre les peuples capables de se libérer. (Applaudissement.) Vaincre pour être justes, voilà le mot d'ordre de tous nos gouvernements depuis le début de la guerre. (Vifs applaudissements.) »

Progressivement, des lycéens montent sur la scène alors que le discours s’affirme et que les soutiens de l’Assemblée sont plus vifs : « C'est ce qui meut notre peuple au travail comme à l'action de guerre. Ces silencieux soldats de l'usine, sourds aux suggestions mauvaises (Applaudissements.) ces vieux paysans courbés sur leurs terres, ces robustes femmes au labour, ces enfants qui leur apportent l'aide d'une faiblesse grave : voilà de nos poilus. (Nouveaux applaudissements.) De nos poilus qui, plus tard, songeant à la grande œuvre, pourront dire, comme ceux des tranchées : J'en étais. Avec ceux-là aussi, nous devons demeurer, faire que, pour la Patrie, dépouillant nos misères, un jour, nous nous soyons aimés. »

Le chœur des élèves se meut progressivement en un monument aux morts très réussi. Par cette image, qui montre la Patrie unie au combat dans ses efforts et ses douleurs, les élèves symbolisent la mobilisation réclamée par le discours de Clemenceau et évoquent l’esprit de la célébration du souvenir qui s’impose après la guerre.

L’unité de la Patrie au combat est mimée dans ses efforts et ses douleurs.

M. Accoulon prend ensuite la parole et se livre à l’explication du texte, en historien. Une trentaine de minutes très denses lui permettent de mettre en relief les forces du discours d’investiture de Georges Clemenceau, en contexte. Il explique la portée du discours d’investiture d’un homme politique âgé, déjà bien éprouvé par le pouvoir, et critiqué sur sa gauche. Clemenceau obtient la confiance du Parlement.

Puis, Damien Accoulon met en perspective le rôle de Clemenceau pour faire tenir une société meurtrie par la guerre, dans les efforts de guerre, les violences subies par les poilus comme par les civils, les douleurs et le poids des militaires. Il explique alors comment le discours d’investiture du Tigre est une critique des embusqués et des traîtres aux commandes de l’Etat qu’il dénonçait par voie de presse dès le début de la guerre.

Enfin, l’analyse critique du texte met en perspective les différentes facettes d’un homme politique. Editorialiste critique de talent, sénateur, Clemenceau est alors un homme providentiel controversé. Par ce discours et son action, Clemenceau est celui qui remobilise les Français à un moment de crise militaire, politique et sociale, puisque les grèves touchent le pays et que les forces de la Triplice, libérées à l’est avec la paix de Brest-Litovsk, risquent de prendre le dessus.

Remobilisant les esprits vers la guerre totale au moyen d’une communication réfléchie, ce discours symbolise la naissance du « Père la Victoire ».

De belles perspectives intellectuelles

La conférence a été suivie d’un échange très riche et de grande qualité entre M. Accoulon et les lycéens, autour de son parcours d’études (vie de l’étudiant doctorant, choix de son sujet, perspectives d’emplois des jeunes historiens, modalités de recherche…) et bien sûr de ce discours, de la légende de Clemenceau, de la légitimité d’un telle commémoration. Les élèves avaient préparé des questions en classe, et se sont sentis libres de les poser, même des questions qui pourraient être considérées comme polémiques, auxquelles Damien Accoulon a répondu bien volontiers et de façon très complète. Ce fut donc un beau moment de « démocratie parlementaire » au sein du lycée !  

Au lycée Clemenceau de Nantes, le travail d'histoire et de mémoire autour de 14-18 se poursuit autour de la célébration de l'armistice. Des enseignants, tout en faisant partie du bureau du Comité de l'histoire du lycée Clemenceau impliquent les élèves dans des actions variées qui, ainsi, prennent tout leur sens. Accompagner chaque élève à « faire sa destinée » est un travail quotidien des personnels d’éducation pour ne « laisser personne au bord du chemin ». L’événement Clemenceau est un bel exemple de réalisation et de partage pédagogique et intellectuel, au coeur de la politique académique.



* Damien Accoulon est agrégé externe d’histoire, il est doctorant sous la direction d'Annette Becker (Université Paris Nanterre) et de Christian Kehrt (Technische Universität Braunschweig).

 

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