Clemenceau

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Comprendre Clemenceau

Le serment de Clemenceau à son père

Archives départementales de la Vendée

En 1858, Georges dit à son père, lors de son arrestation à Nantes : "Je te vengerai". Une pensée qui ne cessera de le hanter.

Le docteur Benjamin Clemenceau, le père de Georges, fit toujours preuve de convictions révolutionnaires passionnées. Etudiant il avait participé, à Paris, en 1830, aux Trois Glorieuses, recevant même la Médaille de Juillet, puis il avait milité aux côtés de Charras et de Blanqui[1]. Installé à Nantes, il semble avoir appartenu aux cercles socialistes utopiques et à la société secrète révolutionnaire La Marianne. Lors de la Révolution de 1848, il apparut aux premiers rangs des républicains et fit partie de la Commission démocratique qui prit le pouvoir dans la ville.

Lors du coup d’état du 2 décembre 1851, il fut inquiété à Nantes et en Vendée où on le désigna comme l’un des trois personnages particulièrement dangereux pour de gouvernement[2]. Poursuivi, il le fut encore en 1853, mais en février 1858, lors de l’attentat d’Orsini[3], les choses prirent un tour beaucoup plus grave. Lui et quatre ouvriers nantais furent condamnés à la déportation dans le sud algérien.

Autorisé avec sa mère à dire au revoir au proscrit, un petit matin d’hiver devant la prison de Nantes, Georges s’approcha de son père et lui dit : « Je te vengerai ». Cette scène du serment ne cessera de le hanter et en 1881, à la Chambre il s’écriait : « J’ai vu mon père frappé au Deux décembre. Plus tard, j’ai vu mon père partir pour l’Afrique enchaîné comme un malfaiteur. Il n’y a pas un acte de ma vie politique où je n’ai sincèrement cherché à servir la cause républicaine. »

Benjamin, conscient de l’engagement de son fils aurait dit, à cette époque, au préfet de la Loire-Inférieure : « Je n’ai pas besoin de faire faire à mon fils le serment d’Hannibal ! Vous aurez du fil à retordre avec ce petit ![4] » Et en effet ! Il ne faut évidemment pas oublier la réponse que lui fit son père devant la prison : « Si tu veux me venger travaille ! ».

En 1906, à Montaigu, Clemenceau devait ajouter : « J’ai travaillé et aujourd’hui, quand je vois tous les républicains me faire l’honneur de m’acclamer bien au-delà de mes mérites, je ne puis m’empêcher de me tourner vers celui, à qui je dois tout, et de vous dire : c’est lui qu’il faut honorer ! »[5]

Peut-on imaginer plus bel hommage d’un fils à son père et plus beau témoignage d’une filiation reconnue et assumée.

Jean Artarit

[1] « Le colonel Charras », banni après le Deux décembre. Auguste Blanqui, grande figure révolutionnaire du XIXe siècle, qui fut un temps le maître du jeune Georges Clemenceau.
[2] Arch. dép. Vendée, 4 M 396.
[3] Sanglant attentat perpétré par l’italien Orsini, en janvier 1858 et auquel Napoléon III échappa de peu.
[4] Jean Martet, Clemenceau peint par lui-même, p.184. « Enfant, Hannibal fit serment à son père Hamilcar de ne jamais faire alliance avec les Romains. »
[5] Gustave Geffroy, L’Illustration, 31 mai 1919.

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