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Comprendre Clemenceau

Clemenceau et l'échec des pourparlers de paix

"Télégramme de Clemenceau au prince Sixte de Bourbon-Parme suite à l’échec des pourparlers de paix officieusement lancés par l’empereur d’Autriche-Hongrie Charles Ier, 198 PAAP/1, 11 avril 1918" © Archives diplomatiques du Ministère de l'Europe et des

A la fin de l'année 1917, les populations des pays belligérants n'aspirent à rien tant qu'à la paix. Mais pour Clemenceau, il ne saurait y avoir de paix que victorieuse – la victoire du Droit sur la barbarie.

A la fin de l'année 1917, les populations des pays belligérants n'aspirent à rien tant qu'à la paix. Mais pour les uns, les pacifistes, ce doit être une paix blanche, sans annexion ni sanction ; pour les autres, à commencer par Georges Clemenceau, il ne saurait y avoir de paix que victorieuse – la victoire du Droit sur la barbarie.

Au moment où Clemenceau accède à la Présidence du Conseil, deux bouleversements du premier semestre, la révolution russe de mars et l’entrée en guerre des Américains en avril, l’inclinent à l’optimisme. Or, cinq mois plus tard seulement, la situation semble désespérée : la paix séparée de Brest-Litovsk, suivie du traité du même nom (15 décembre 1917, 3 mars 1918) permet aux Allemands de ramener 40 divisions sur le front occidental.

Dès le mois de mars, l’offensive allemande visant à dissocier le front anglo-belge du front français est lancée. Et pourtant, c’est pendant cette période cruciale, alors qu’il doit faire face à une nouvelle campagne pacifiste, que Clemenceau met fin brutalement aux négociations secrètes entamées depuis plusieurs mois par le gouvernement austro-hongrois, plus connues sous la dénomination de « l’Affaire Sixte ».

Trois mois après son avènement, le jeune empereur d’Autriche Charles Ier, qui a vécu la réalité du front, tente de faire des propositions de paix à la Triple-Entente, à l’insu de l’Allemagne ; l’intermédiaire choisi pour pressentir le gouvernement français n’est autre que son beau-frère, le prince Sixte de Bourbon-Parme, alors officier dans l’armée belge, porteur auprès de Raymond Poincaré de plusieurs lettres signées de l’empereur, notamment celle du 24 mars 1917, dans laquelle il déclarait soutenir « les revendications de restitution à la France en ce qui concerne l’Alsace-Lorraine ».

Dans les mois qui suivent, les négociations de Charles Ier sont de plus en plus freinées par son propre ministre, le comte Czernin, qui croit encore à une victoire militaire austro-allemande. Arrivé au pouvoir, Clemenceau n’interrompt pas ces pourparlers, pouvant fournir d’utiles sources d’informations. Or, le 3 avril, alors qu’il est sur le front, Clemenceau lit le discours de Czernin prononcé devant le conseil municipal de Vienne, accusant la France d’avoir empêché toute négociation de paix en revendiquant la question de l’Alsace-Lorraine, et présentant le gouvernement français comme mendiant la paix.

Ces faits étant contraires à la vérité, Clemenceau fait d’autorité immédiatement publier la lettre de l’empereur Charles Ier du 24 mars 1917, tenue secrète jusque-là. Czernin niant avoir eu connaissance e cette lettre, il laisse son souverain seul face à son puissant allié allemand. Ce dernier se trouve alors obligé de se dédire des concessions faites à la France, sur l’Alsace-Lorraine et sur la Belgique. Le 16 avril 1918, Czernin est renvoyé et les négociations sont renvoyées sine die.

Certes, l’entreprise de Charles Ier et du prince Sixte avait peu de chance d’aboutir, l’intransigeance des Italiens comme celle de l’état-major allemand auraient constitué des obstacles sérieux à son heureuse conclusion. Il n’en reste pas moins vrai que Clémenceau porte une responsabilité certaine dans l’échec de ce processus, le ministre des Affaires étrangères américain, Robert Lansing ayant écrit à cette occasion : « Si Clemenceau cherchait à prouver que Czernin était menteur, il a peut-être réussi, mais à quel prix ! Sa révélation a jeté l’Autriche dans les bras de l’Allemagne ».

"Réponse du prince Sixte de Bourbon-Parme à Clemenceau suite à l’échec des pourparlers de paix officieusement lancés par l’empereur d’Autriche-Hongrie Charles Ier, 198 PAAP/1, 13 avril 1918" © Archives diplomatiques du Ministère de l'Europe et des Affa

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