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Comprendre Clemenceau

Clemenceau et la "force noire"

Revue de jeunes recrues par Blaise Diagne à Bandiagara, au Mali, en mai 1918 © Archives Nationales 110AP/2/2

En 1918, Clemenceau confie à Blaise Diagne, premier député africain noir élu au Palais-Bourbon, une mission diplomatique pour recruter de nouveaux tirailleurs africains.

Dès son accession au pouvoir en novembre 1917, Clemenceau entend mener une politique de guerre intégrale. Pour cela, il a besoin d’hommes sur le front. Jusqu'alors farouche adversaire de l'entreprise coloniale, le recours à la « force noire » lui apparaît comme une des solutions. Pourtant, depuis les révoltes provoquées en 1915 et 1916 par les derniers recrutements en A.O.F., le gouvernement a suspendu toute nouvelle levée de troupe, malgré les demandes du général Mangin, défenseur et théoricien de la « force noire ».

C’est d’abord à celui-ci que fait appel Clemenceau en lui confiant la rédaction d’une note sur le recrutement des troupes indigènes. Celle-ci, remise le 8 décembre, résume toutes les données du problème : l'urgence de trouver de nouvelles troupes, l'hostilité des autorités coloniales en A.O.F. et la nécessité d'une décision politique forte.

Dès le 17 décembre, Clemenceau ordonne au nouveau ministre des Colonies, Henry Simon, de reprendre les opérations de recrutement, en insistant sur la nécessaire solidarité entre la France et ses colonies, suscitant ainsi dans l’administration coloniale une vive hostilité et la crainte de nouvelles révoltes. Entre répression militaire immédiate, instauration d’une politique indigène plus humaine ou recours accru à l’autorité des chefs indigènes, les solutions envisagées pour préparer ce nouveau recrutement sont multiples.

Face à ces atermoiements, Clemenceau tranche radicalement en confiant cette  mission à Blaise Diagne (1872-1934). Celui-ci, premier député africain noir élu au Palais-Bourbon, milite en effet pour l’engagement volontaire de ses compatriotes dans le conflit en échange de l’acquisition de nouveaux droits. Lui-même modèle d’assimilation, fonctionnaire français, franc-maçon et engagé politiquement à gauche, il s’est imposé au Parlement comme le défenseur des tirailleurs sénégalais. C’est la « voix de l’Afrique ».

Il réunit donc aux yeux de Clemenceau toutes les qualités nécessaires et, par décret du 14 janvier, est nommé commissaire de la République, à la tête d’une mission chargée de reprendre le recrutement. Une série de décrets pris le même jour accorde des avantages financiers, une accession facilitée à la citoyenneté française, et des créations d’écoles. Clemenceau en est conscient : si la France demande de nouveaux sacrifices à ses administrés indigènes, ceux-ci doivent désormais en être récompensés. C’est une des clés de la réussite de la mission.

Face à la levée de boucliers suscitée par ces mesures, Clemenceau est inébranlable. Les autorités coloniales hostiles sont remplacées et une tribune dans L’Homme libre est offerte à Diagne pour sa défense : « Ceux qui tombent sous la mitraille ne tombent ni en blancs ni en noirs. Ils tombent en Français et pour le même drapeau. En quoi un noir, membre du Parlement, serait-il moins qualifié qu'un blanc pour parler à des noirs ? ».

Le 12 février 1918, Diagne et son escorte de tirailleurs sénégalais arrivent à Dakar où se tiennent les premières d’une longue série de palabres. Le 14 mars, il s’installe à Bamako d’où il rayonne vers la Guinée, puis à travers le Burkina Faso et le Mali actuels : Bobo Dioulasso, Ouagadougou, Djenné, Mopti, Sansanding… autant d’étapes où la propagande politique de Diagne triomphe dans une région encore en pleine révolte deux ans auparavant.

Sur les 50 000 hommes promis à Clemenceau, Diagne parvient à en mobiliser 77 000.

Zénaïde Romaneix (Archives Nationales)

Pour aller plus loin

> Découvrez le webdocumentaire "1918 Mission Blaise Diagne" réalisé par RFI et les Archives Nationales
> Sur le site des Archives Nationales, des informations relatives aux archives (notamment photographiques) de la Mission Diagne


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