Clemenceau

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Comprendre Clemenceau

Prélude à l'arrivée au pouvoir de Clemenceau

Archives départementales de la Vendée

Il est communément admis que la grande attaque portée au Sénat contre Malvy, le 22 juillet 1917, marque le début du processus engagé par Clemenceau pour être appelé à mener le pays à la Victoire. Mais la réalité est un peu différente.

Il est communément admis que la grande attaque portée au Sénat contre Malvy, le 22 juillet 1917, marque le début du processus engagé par Clemenceau pour être appelé à mener le pays à la Victoire.

Cette version a été en quelque sorte officialisée par le récit de Jean Martet dans son livre « Le Silence de M. Clemenceau » (pages 22 à 24) où il fait dire à Clemenceau à qui l’on demandait en 1917 depuis des mois de faire un signe pour se concilier Poincaré : « Non Martet … je ne ferai pas ce signe … Poincaré m’offrira le pouvoir, j’accepterai. On ne peut pas refuser le pouvoir mais je ne l’aurai pas cherché ».

La réalité est un peu différente. Clemenceau et Mandel avaient préparé dès le mois de mai 1917, l’arrivée de Clemenceau au pouvoir et ils avaient même, dès cette date, décidé de la composition de son Cabinet à la présidence du Conseil.

Georges Wormser le révèle dans son livre « Georges Mandel, l’homme politique » (page 56 - Plon – 1967) :

 

«  En mai 1917, j’avais été brusquement rappelé, à ma très grande surprise, du Grand quartier général, pour servir à l’état-major particulier du ministre de la Guerre, alors Painlevé. J’appris de mon camarade de lycée et mon meilleur ami, Jean Martet, que ma mutation était l’œuvre de Mandel. Mon étonnement fut encore plus grand, parce que je n’avais jamais fait que l’apercevoir à l’Homme Libre. Nous avions à peine échangé jusqu’alors quelques mots de la plus banale conversation.

« Il te prie de venir dîner chez lui avec moi. C’est lui-même qui t’expliquera ce qu’on attend de toi ».

Je fus donc mené dans ce rez-de-chaussée de l’avenue Mozart encombré de tous côtés de livres empilés. Sitôt à table, voici ce que j’entendis : « Nous sommes au tournant de la guerre. Tout va mal, très mal même. Ou nous allons être contraints à la paix ou nous lutterons, même désespérément. Pour lutter il n’y a dans le domaine politique que M. Clemenceau. Mais les défaitistes et les pleutres le laisseront-ils faire ? Il faut qu’il soit chef du gouvernement et ministre de la Guerre. Nous devons tout faire pour l’aider. Président de la commission de l’Armée du Sénat, en contact suivi avec certains généraux, il a des idées précises sur ce qu’il faudra faire mais il ignore les détails et le mécanisme du fonctionnement. J’ai demandé à Painlevé, en lui disant pourquoi, de vous prendre avec lui. C’est un homme pur qui veut combattre, je le soutiens autant que je le puis ; malheureusement il n’a pas assez d’autorité sur la Chambre. Il est d’accord pour qu’à toutes fins vous appreniez à connaître les différents rouages de l’administration militaire. Posté à l’intérieur de ce ministère essentiel pour la bataille, vous verrez ce qui va et ce qui ne va pas. Il apprécie que vous soyez normalien comme lui, c’est une bonne introduction ».

Je me montrai réticent, je n’aimais pas ce rôle de surveillant qui risquait de tourner à la délation. A la sortie Martet dissipa mon appréhension : « C’est M. Clemenceau qui en vue d’éventuelles mais peut-être prochaines responsabilités veut augmenter son équipe. Je lui ai dit notre amitié et ton sérieux ; s’il a demandé à Mandel de te voir avant lui c’est pour qu’il n’y ait, au départ, aucun désaccord entre nous trois. Tu es au ministère et non au journal parce que tu es mobilisé ». De fait je ne revis mon hôte que le 17 novembre 1917, le jour où fut formé le cabinet de la victoire. Il ne m’avait pas demandé entre temps le moindre renseignement et cependant, affecté au service de réception, d’acheminement et d’expédition des télégrammes, même les plus confidentiels, j’étais à leur source même. Comprenant que j’étais tenu au secret, jamais il ne m’interrogea sur quoi que ce soit. En peu de mois j’appris beaucoup grâce aux officiers de tous grades de cet état-major particulier du ministre où l’on travaillait avec acharnement et dans le meilleur esprit. »

 

Cette complicité entre le Président du Conseil qui allait être renversé et celui qui allait lui succéder est un beau témoignage du patriotisme désintéressé de Painlevé et des qualités d’intelligence de Mandel qui sut être si utile à Clemenceau et à la France.

Marcel Wormser


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