Clemenceau

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Comprendre Clemenceau

Georges Clemenceau et la Commune de Paris

 Tableau anonyme représentant Georges Clemenceau, maire de Montmartre, le 20 mars 1871 © Musée Clemenceau

Le 18 mars 1871 est une expérience terrible pour l'apprenti de la politique qu'est encore Clemenceau. Premier échec, premier face à face avec le peuple hostile ; toute sa vie, il conserve en mémoire ce traumatisme et éprouve une grande culpabilité et une vraie souffrance.

Le 18 mars 1871, le maire du 18e arrondissement, Georges Clemenceau, est éveillé à 6 heures du matin par son adjoint Dereure qui lui annonce qu’Adolphe Thiers, chef du gouvernement provisoire, a ordonné à une colonne de 4000 soldats de reprendre aux Parisiens les 227 canons disposés, par la Garde nationale, sur les buttes de Montmartre et de Belleville pour les soustraire aux Prussiens vainqueurs.

Ceci n’étonne en rien Clemenceau, qui, élu député de Paris le 8 février sur la liste des Comités républicains radicaux, a suivi, malgré son hostilité à l’armistice, l’Assemblée à Bordeaux mais n’a pas voulu, début mars, la rejoindre à Versailles, ville royale. Inquiet, dans la soirée précédente, il a, en compagnie de Victor Schoelcher, tenté en vain de convaincre le Comité central de rendre les canons.

Le souvenir de cette fameuse journée gravée dans l’histoire de France comme la naissance de la Commune de Paris est resté de façon indélébile et douloureuse dans la vie du Tigre. Profondément marqué, Clemenceau n’oublie jamais le 18 mars 1871.

En 1928, un an avant sa mort, il éprouve encore le besoin de narrer intégralement cette journée : son entrevue matinale avec le général Lecomte chargé d’exécuter l’ordre de Thiers, leur opposition au sujet de l’évacuation d’un blessé, ses rencontres avec des gardes nationaux hostiles à l’enlèvement des canons, son ascension vaine de la Butte pour empêcher l’exécution des deux généraux, l’hostilité de la foule à son égard et la mort, sous ses yeux, des officiers Lecomte et Clément Thomas fusillés à 17 heures, rue des Rosiers.

Le 18 mars est une expérience terrible pour l’apprenti de la politique qu’il est encore. Premier échec, premier face à face avec le peuple hostile ; toute sa vie, il conserve en mémoire ce traumatisme et éprouve une grande culpabilité et une vraie souffrance :

« Le premier crime que l’on me reproche est d’avoir fait assassiner Lecomte et Clément Thomas. C’est l’affaire du 18 mars 1871. J’ai, de l’autre côté, tout un dossier là-dessus, que je vous passerai ; vous en ferez ce que vous voudrez. En 72, je m’étais livré à une enquête à ce sujet pour essayer de réunir le plus de témoignages. Vous verrez qu’il y a une centaine de lettres parmi lesquelles des lettres de Méline, de Schœlcher. En outre, j’avais commencé à écrire l’histoire de tous ces faits-là, de tout ce qui a précédé le 18 mars et de ce qui l’a suivi [...]. J’avais écrit minute par minute mon emploi du temps pendant la journée du 18 mars [1] »

Le 19 mars, Clemenceau est politiquement dans une situation insupportable. Fondamentalement respectueux de l’ordre républicain, il ne peut rallier les Communards qui s’insurgent contre l’autorité légitime de la France et font sécession. En revanche, il ne peut, toujours au nom de la République sociale qu’il souhaite construire, rallier Thiers, Ferry, Jules Simon, Jules Favre qui, selon lui, refusent d’entendre le peuple humilié. De fait, entre le 19 et le 27 mars, il tente, en compagnie d’autres maires d’arrondissement, l’impossible : apaiser les tensions pour éviter la division et empêcher l’entrée de la France mutilée et vaincue dans une autre épreuve.

Clemenceau échoue dans son ultime démarche de conciliation et, aux élections municipales du 26 mars, n’obtient que 752 voix. Battu, le 27 mars, il envoie sa démission à l’Assemblée Nationale. Obstiné dans son office de médiateur, le 5 avril, il fonde, avec Bonvalet et les anciens maires, la Ligue d’Union républicaine des droits de Paris. Ni les Versaillais ni les Communards ne s’y intéressent. Refusant de baisser les bras, Clemenceau décide alors d’aller convaincre la province afin qu’elle soutienne le Paris révolutionnaire tout en ne mettant pas à bas la République des Versaillais.

Le 21 mai, il décide de revenir à Paris. Il ne peut y entrer : l’armée de Thiers l’a devancé. Lors de la Semaine Sanglante, surveillé par la police, il se réfugie en Vendée puis, recherché, chez son ami Scheurer-Kestner à Thann. Combattant de la première heure pour obtenir l’amnistie des Communards, Clemenceau n’a toutefois jamais achevé le travail de mémoire commencé en 1872. Son silence et son refus de rédiger des souvenirs ont laissé aux autres le soin d’écrire l’Histoire.

Sylvie Brodziak

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[1] Jean Martet, Le silence de M. Clemenceau, Paris, Albin Michel, 1929, p. 210.


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