Clemenceau

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Comprendre Clemenceau

Clemenceau dans son appartement parisien

© Musée Clemenceau

Le musée Clemenceau, situé 8 rue Benjamin Franklin à Paris, met en valeur l'ancien appartement occupé par le Tigre entre 1896 et 1929.

Lorsque Georges Clemenceau s’installe en 1896 dans l’appartement du 8 rue Franklin (devenue aujourd’hui rue Benjamin Franklin), il vient d’être battu aux élections législatives de 1893, éclaboussé par le scandale de Panama.

Contrairement à ce que ses ennemis politiques et les caricaturistes veulent faire accroire, Clemenceau n’a aucune fortune. Son échec électoral le prive de l’essentiel de ses revenus. Il va connaître une traversée du désert de dix ans avant d’être élu sénateur du Var en 1903. Entretemps, il va, pour vivre, se consacrer entièrement au journalisme comme collaborateur (l’Aurore, la Dépêche…) tout en maintenant tant bien que mal à flot le journal qu’il a créé en 1880, La Justice, qui vient de contribuer à sa défaite électorale.

L’escroc Cornélius Herz, plus tard impliqué dans le scandale de Panama, était entré, dès le début des années 1880 au capital du journal, déjà très endetté et sa mauvaise réputation altéra l’image du Tigre, sali injustement par ses adversaires.

Ayant perdu son mandat, Clemenceau doit réduire son train de vie et pour ce faire déménager dans un appartement plus modeste, situé dans un quartier moins prisé (le précédent était situé près des Champs-Elysées). Il a divorcé en 1893 et ses enfants sont adultes. Il vit désormais seul avec un valet de chambre.

Il trouve, dans ce qui était encore naguère le village de Passy (il n’a été rattaché à Paris qu’en 1860) un appartement de 130 m2 environ (quatre pièces principales), dont l’agrément principal réside dans la présence d’un charmant jardin privatif.

Il est contraint par ailleurs de vendre anonymement l’essentiel de sa très riche collection d’objets japonais en 1894 (Collections d’un amateur parisien) dont il ne reste aujourd’hui qu’une quarantaine de pièces dans son appartement parisien, devenu musée en 1931.

Robert de Montesquiou lui-même amateur de japonisme, l’a précédé dans cet appartement (les frères Goncourt évoquent dans leur journal une visite qu’ils lui rendent en 1891).

L’état des lieux minutieux (48 pages !) que signe Clemenceau en 1896 donne de précieuses indications sur l’aménagement et la décoration de l’appartement, augmenté de plusieurs « chambres de domestique ». Il a demandé et obtenu de sa propriétaire quelques aménagements, notamment la réunion de deux pièces pour former l’actuelle salle à manger.

Les murs de l’appartement sont occupés par une bibliothèque de 5.000 titres au contenu riche et éclectique (histoire, géographie, histoire de l’art, philosophie des religions…). De nombreuses photos et reproductions en plâtre illustrent le vif intérêt qu’il porte à la Grèce antique. Trois plâtres originaux de Rodin et une gravure tirée de L’Ile des morts de Böcklin témoignent de ses liens avec les artistes les plus novateurs de son temps. Dans sa chambre, siège de l’intimité, quelques portraits de famille. Dans la galerie ouvrant sur le jardin, deux photos dédicacées de Claude Monet et une toile de sa belle-fille Blanche Hoschedé (Une allée à Giverny) soulignent une familiarité précieuse avec le grand peintre et son entourage.

Dans son jardin, à l’époque bien plus ensoleillé qu’il ne l’est aujourd’hui, il aime jardiner, se promener avec ses visiteurs. Il y élève même des poules.

C’est sur le fameux bureau en fer à cheval de son cabinet de travail, commandé en 1886 pour son précédent appartement à l’ébéniste Gabriel Viardot (daté et signé), qu’il rédige notamment les 665 articles qu’il consacre à la défense du capitaine Dreyfus.

C’est dans ce même cabinet de travail, ou dans la salle à manger qu’il reçoit ses collaborateurs et ses invités lorsqu’il devient en 1906 ministre de l’Intérieur et président du Conseil puis à nouveau président du Conseil et ministre de la Guerre de 1917 à 1920. Il ne voudra en effet jamais s’installer dans les ministères (« Je ne veux pas vivre en meublé », dit-il) ce qui lui vaudra de se voir imposer en 1918 l’installation d’un téléphone dans sa chambre.

Et c’est dans cette chambre, meublée pour partie de meubles chinoisants dessinés par Gabriel Viardot et pour partie de lourds meubles de famille qu’il prend quelque repos avant de travailler, au petit matin - sur un petit bureau portant une belle figure de Bouddah couché - à la correspondance qu’il glisse ensuite aux fins d’expédition dans une boîte aux lettres de Viardot.

Dans son lit surmonté d’un dragon, il rend l’âme le 24 novembre 1929, après une courte maladie. Il a 88 ans.

Valérie Joxe

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